L'art d'être là, sans être là

 

 

Dans la quasi totalité des sociétés humaines, les rôles de l'homme et de la femme sont bien différents. Vis-à-vis de l'enfant la mère est souvent celle qui est là, à l'affut du moindre bobo, du moindre chagrin qui va lui permettre de couvrir d'amour son rejeton, de le consoler, de le rassurer, de le protéger, d'apaiser ses peurs, ses douleurs et ses peines.

Sa présence est manifeste et quasi permanente.

 

Le père, lui, par sa fonction, va être de fait plus distant. S'il a la charge de protéger sa progéniture des dangers impérieux, il a aussi le devoir d'aguérir ses enfants à leur propre auto-défense, de les aider à découvrir leurs propres limites sans les dépasser. Cela suppose qu'il se dérobe parfois à leurs attentes pour les pousser à ne compter que sur eux-mêmes afin de ne pas demeurer dans sa dépendance mais de prendre conscience de leur propre capacité d'action sur leur vie respective.

Pour autant, il ne les laissera pas courir des risques inconsidérés et il prendra garde à leur barrer toujours à temps les chemins de perdition. Cet équilibre subtil n'est jamais simple et peut se résumer par l'art d'être là sans être là.

 

Il est en cela l'image de comment Dieu agit pour l'homme. Il faut qu'on ne soit jamais surs de son soutien inconditionnel pour s'attacher à peser nos actes en conscience et responsabilité. Pour autant Il n'abandonne jamais complètement ses enfants.

Et la mère est image de la société, protectrice, parfois jusqu'à l'oppression.

 

 

 

Ainsi sans doute, sans être là quand tu faisais de la luge, ton père était-il là à travers la responsabilité qu'il avait laissée à tes frères.

Ainsi peut-être, à ton mariage, étant là aux yeux de tous, s'est-il senti absent, se disant : «Si j'étais là, je chanterais, je danserais, je boirais, et ferais la fête, tout ce qu'un père fait au mariage de son fils..., et me voilà prisonnier de ce corps souffrant.

Ainsi désormais, bien que n'étant plus là, il sera dans ton coeur et ton esprit pour te soutenir dans les heures difficiles, pour t'enseigner encore et te conseiller dans tes interrogations, et peut-être même se réjouir avec toi aux jours heureux.

Et je suis certain que de même, au milieu de ce deuil familial, en fils fidèle, bien que n'étant pas là physiquement, tu sais rendre aux yeux de tous ta présence manifeste aux cotés des tiens, pour lui rendre hommage.

Que chacun puisse voir que ni la mort ni la distance ne peuvent disperser ceux qu'il réunit dans son souvenir.

Que chacun puisse voir le père honoré dans un même esprit par tous ses enfants.

 

Ainsi bien que je sois loin de vous, soyez surs, toi et ta famille, que je m’unis à votre peine.