« Nous agissons comme si Dieu n'existait pas » Jean-Paul II
« Un jour est comme mille ans, et mille ans comme un jour » Pierre
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Qui sait si dans chaque communauté animale, chaque individu n'a pas son rapport a Dieu ? Qui sait si chacun n'a pas son rôle, dont il s'acquitte docilement et naturellement, sans même en être conscient, et s'il ne disparaît pas, une fois ce rôle accompli ? Qui sait si la particularité du genre humain n'est pas, plus qu'en son intelligence ; dans son doute, né d'une connaissance imparfaite lui amenant à la pensée, une appréhension de la douleur ou une quête de plaisir, propres à le détourner de ce qu'il doit faire et de ce qui lui est promis ; comme un enfant qui fugue pour éviter une punition sans penser au foyer qu'il y perd, ou comme un homme, qui sort avec l'argent pour acheter de quoi nourrir sa famille et qui, sur le chemin du marché, la dépense en futilités pour des tentations ponctuelles ?
La logique de l'incroyant n'est pas moins naïve que celle du croyant. La science elle-même dénonce les effets de ses propres détournements. Car si on les oppose souvent, c'est encore là, faire comme si Dieu n'existait pas. Dieu ne peut être contre la science, si Dieu existe,elle est son œuvre !
Toutefois, il sait qu'entre les mains de l'homme, elle peut être tout autant dispensatrice de mort que de vie, créatrice de mauvaises comme de bonnes choses, désastreuse comme merveilleuse. Car ce qui apparaît comme bon à l'un, peut faire la perte de l'autre, chaque jour n'en est-il pas témoin ? Et surtout, ce qui peut apparaître bon aujourd'hui, peut se révéler désastreux pour l'avenir. Les scientifiques eux-mêmes, ne le crient-ils pas ?
Mais nous avons pris le parti de dire que Dieu devait être exclu de toute démarche scientifique. Et plutôt que de concevoir les lois naturelles comme intégrées dans un ordre universel cohérent, nous semblons les prendre par petits paquets, suivant ce qu'on en espère, que l'on pressure pour en tirer un maximum de profit, jusqu'à les faire sortir de cet ordre en les détournant de leur rôle en son sein. Nous avons ainsi l'illusion de nous libérer de cet ordre, oubliant qu'il est seul garant de notre survie. Nous prenons ce grand protecteur pour un ennemi, ou au mieux comme un père autoritaire duquel on voudrait s'émanciper ; en fait, nous avons avec lui, les mêmes rapports qu'avec Dieu. Pourtant, si Dieu ne se manifeste pas toujours de manière évidente, l'ordre naturel, lui, est en permanence sous nos yeux depuis la nuit des temps. Le nierons-nous ?
Mais alors que nous nous lamentons sur tout ce que l'on ne peut pas faire, nous sommes justement cette créature qui dispose de la plus grande liberté de choisir : ses valeurs, sa manière de vivre, et sa place dans le monde. Nous disposons même, dans une certaine mesure, de la liberté de maîtriser cet ordre à notre profit. Toutes les créatures se contentent de tenir leur rôle, et disparaissent quand elles deviennent inutiles ou obsolètes. Mais l'homme privilégié ne se satisfait pas de sa condition, et il en perd cette susdite mesure. Maîtriser ses choix, disposer de la nature et de ses richesses, profiter de la connaissance des grands principes ... ne lui suffit pas. Il veut les corriger à sa convenance, les recréer, comme s'il voulait parfaire l'oeuvre de Dieu, se faire Dieu. Mais c'est en les mettant à son service, en les organisant à sa mesure, qu'elles deviennent imparfaites.
Ainsi, quand l'homme comprend les lois de la pesanteur et qu'il en tire le moyen de voler, il profite de sa découverte mais ne bouleverse pas les principes découverts. Il ne me semble pas en conflit avec l'ordre naturel. Et de fait, il ne semble pas faire de mal à grand monde. Il utilise la science à son profit sans remettre en cause l'ordre universel. Pas de problème majeur !
Mais, par ailleurs, quand il fabrique des aliments pour bovins, à base de viande de bovins ; il veut changer les règles. Imaginons que tout se soit passé comme prévu. N'était-ce pas la porte ouverte à d'autres dérives : on a parlé à l'époque de placentas humains dans la nourriture des vaches ! N'aurait-on pas trouvé là aussi un débouché pour les milliers de bovins abattus pour cause de fièvre aphteuse un peu plus tard, sans souci des risques sanitaires ? Et pourquoi pas pour les victimes de la canicule ? La maladie de Kreusfelbt-Jacob a refermé la porte, du moins officiellement.
A un niveau un peu différent, il arrive que ce soit dans son application que l'humain fait d'une invention inoffensive, un danger majeur. Ainsi, tous les outils dont nous ne pouvons plus nous passer, représentaient un progrès réel. C'est dans la dépendance que nous avons envers eux qu'ils nous dénaturent, et déshumanisent. En se généralisant, en s'imposant socialement à chacun, ils éloignent l'homme de son humanité, et détourne l'individu de son rôle propre. Et quoi qu'on en dise, quoiqu'on ne veuille y penser, je crois qu'à terme, chaque faute porte en elle sa punition. Nos moyens de transport et nos industries, ne nous promettent-ils pas des bouleversements climatiques rendant incertaine la viabilité de demain ? Nos télévisions, en brisant la communication entre proches, ne fabriquent-elles pas des gens qui se croisent sans se comprendre, des jeunes instruits sans être éduqués, des êtres qui ne vivent plus, emmurés qu'ils sont derrière une fenêtre fermée sur le monde, écran déformant d'où ils peuvent le contempler mais qu'ils ne peuvent pas franchir... en bref, notre société moderne où l'image prend le pas sur le réel ?
Si je fais le point sur les dangers majeurs qui menacent pour demain l'humanité et le monde, ils me semblent tous venir de là ; d'êtres doués de raison, capable d'appréhender la logique de la création, l'homme veut se faire créateur d'une logique nouvelle qui régirait le monde. Mais le monde ne s'y soumettra pas, parce qu'il n'y a qu'un créateur, l'homme n'est en la matière qu'un imposteur, et d'autre part, il se montre à tous, incapable de maîtriser les aboutissants de sa propre logique.
Alors si ce ne serait pas injuste, ne serait-il pas dommage que des libertés exclusives qu'il a parmi la création, l'orgueil de l'homme lui fasse seulement retenir la liberté de se détruire. A Dieu ne plaise !