Il y a dans le monde des lieux particuliers que l’on croise parfois au détour du parcours, qui nous surprennent, nous éblouissent ; que l’on aimerait ramener chez soi, mais notre sac est trop petit, et d’ailleurs, ils n’y seraient pas les mêmes. Et il arrive qu’à vouloir en emporter un morceau, une image, à vouloir les rendre accessibles, en les utilisant pour servir nos valeurs ; on fasse disparaître ce qui faisait leur magie, leur raison d’être, ce qui aurait pu nous faire évoluer.

Ce sont de ces lieux qui nous changent, nous révèlent à nous-mêmes, nous rappellent à des épisodes de notre existence ou à la réalité de nos passions, de nos espérances. Ce sont des endroits fondateurs qui marquent un nouveau point de départ.

Un ciel, une montagne, une colline, un ruisseau, un rocher, une rivière, une maison, un arbre, un sentier, une odeur, une église, une architecture, un climat, un peuple, qui nous remettent à notre place, ouvrent nos yeux sur des vérités sur nous-mêmes, que nous nous cachons, faisant de nous un modeste morceau d’un monde organisé, plutôt que l’organisateur de notre monde, pour qui nous nous prenons souvent. Ils nous enrichissent chaque jour quand on y prend garde, du seul fait d’exister sincèrement !

Il y a des lieux révélateurs, comme autant de messages du monde vivant, ou de son créateur, mais personne ne sait où il les entendra !

Il y a des lieux, beaux à pleurer, mais personne ne sait lequel fera pleurer l’autre…, ni lequel lui fera retrouver le sourire !

 

 

 

Il y a sur la terre des peuples particuliers dont on touche parfois du doigt la culture, sans jamais l’intégrer entièrement, mais dont on soupçonne la richesse. Ce sont des peuples dont la poésie n’est pas la notre, qui ne se trompent pas comme nous, qui se trompent autrement ; qui ne savent pas ce que nous savons, qui savent autre chose. Et il arrive qu’à vouloir les comprendre, en découvrir tous les secrets, les utiliser pour augmenter nos valeurs vénales, on en fait disparaître une valeur d’un autre ordre qui nous manque tellement plus.

Ce sont des peuples qui nous étonnent par une logique tellement différente de la notre, mais néanmoins tellement sensée, qui nous révèlent, s’il en est besoin, que nous savons si peu de choses.

Des vêtements, une allure, des rites, des coutumes, des croyances, des règles, des pratiques, des lois, des valeurs, de l’honneur, des couleurs, de l’art, une cuisine, des alcools, des drogues fondent des ordres sociaux millénaires dont l’équilibre nous dépasse tant ses bases nous semblent absurdes. Ce sont des peuples qui nous rappellent les questions que notre société s’est posée, et nous montre des réponses auxquelles elle n’a pas pensé ; ce sont des peuples qui nous montrent que, si la vérité est une, personne n’en détient qu’une part plus ou moins grande. Ils nous enrichissent chaque jour quand on y prend garde, du seul fait d’exister sincèrement !

Il y a des peuples révélateurs, comme autant de messages du monde vivant, ou de son créateur, mais personne ne sait s’il ira les découvrir au fond de leur écrin, ni s’il saura les comprendre.

Il y a des peuples beaux à frissonner, qui nous montrent combien est beau le monde libre ; mais qui peut dire ce qui fera frissonner l’autre, ou ce qui lui rendra une main ferme et sure, un esprit convaincu ?

 

 

Il y a dans la vie des moments particuliers, des moments de découverte, de révélation, d’où naissent les vocations. Ce sont des moments fondateurs en nous d’un être nouveau, que l’on voudrait prolonger, faire perdurer. Et, il arrive qu’à la recherche d’un de ces moments passés, on en oublie sa valeur, en n’intégrant pas les changements qu’il se devait d’opérer en nous, en ne nous laissant pas évoluer à sa lumière.

Ce sont des moments où l’on se dit en soi, comme Luis Armstrong « Quel monde merveilleux ! »

Ce sont des moments où l’on a simplement su regarder, comme Jacques Brel, « ce qu’il y a de beau ».

Un regard, une larme dans des yeux aimants ou aimés, des mains qui s’ouvrent, un soutien dans la douleur, l’épaule d’un ami, les encouragements d’un maître, la chance qui souri, la beauté dans une œuvre, un paysage, un être, le bien que l’on a fait, le bien que l’on nous a fait, quelque chose qui tourne bien, le mal qu’on a vaincu, une épreuve réussie, un cœur qui s’ouvre, la vérité qui se dévoile, des mots justes, une victoire contre des maux injustes, la découverte d’une vocation, d’un principe fondateur, l’amour que l’on porte, l’amour que l’on reçoit, l’amour que l’on partage, l’amour que l’on construit, l’amour que l’on apprend, l’amour qui se fait maître, l’amour de Dieu…, combien de raisons quotidiennes qui font de chaque jour une aventure nouvelle, d’une richesse nouvelle ; le début d’une vie nouvelle, qui nous enrichissent chaque jour quand on y prend garde, du seul fait d’exister sincèrement !

Il y a des moments révélateurs, comme autant de messages du monde vivant, ou de son créateur, qui nous enseignent et nous guident ; nous montrent le chemin et nous aident à trouver le courage de le suivre, mais qui sait quand seront ces moments ?

Il y a des moments beaux à tomber, où tout pourrait s’arrêter, et la vie aurait valu d’être vécue.

Il y a des moments beaux à tomber, mais personne ne sait lesquels feront tomber l’autre, ni lesquels les relèveront !

 

 

Il y a, au milieu du bruit, des sons particuliers qui au-delà de nos oreilles, font vibrer jusqu’à notre âme, et par là, tout notre corps ; il y a des sons qui font tressaillir jusqu’au monde entier, qui révèlent en nous une sensibilité qu’on ne se connaissait plus. Et il arrive que, de les rechercher, de les reproduire, leur font parfois perdre leur magie, et ferment nos oreilles à d’autres sons enchanteurs.

Ce sont des sons fondateurs d’une nouvelle harmonie.

Des mots qui se font chant, des chants qui se font musique, des musiques qui se font récit, des chants d’oiseaux, la forêt qui respire, le feu qui crépite, le vent qui visite l’espace, la pluie qui tombe en larmes ou en hallebardes, la neige qui s’écrase, l’enfant qui joue , l’enfant qui pleure, l’être qui crie son désespoir, un peuple en communion pour sa victoire, la ferveur des croyants, des mots d’amour, des cris d’amour, des silences d’amour… tous font de la vie, une symphonie de notes qui se suivent et parfois se ressemblent sans être jamais tout à fait les mêmes ; ou qui laissent place à d’autres, pour ne rester que dans les mémoires. Ils nous enrichissent chaque jour quand on y prend garde, du seul fait d’exister sincèrement !

Il y a des sons révélateurs, comme autant de messages du monde vivant, ou de son créateur qui en nous dégageant de tout ce qui nous obsède, en nous distrayant de nos préoccupations nous ramènent à nous-mêmes, et nous font toucher du bout d’une oreille conquise le sens de la vie ; mais personne ne sait lesquels auront cet effet.

Il y a des sons beaux à rêver, mais personne ne sait lesquels feront rêver les autres, ni lesquels les réveilleront pour bâtir leurs rêves !

 

Il y a dans la foule des êtres particuliers qui remettent en question ce que l’on sait des gens, qui s’obstinent à déborder des cases où l’on s’obstine à vouloir les classer, et qui parviennent parfois, pour un temps, à nous montrer l’absurdité de cette pratique. Ce sont des êtres qui nous révèlent que des richesses sommeillent à coté de nous, qui n’attendent que d’être découvertes, en grattant le vernis des apparences, en essuyant de nos yeux la couche noirâtre des préjugés et de l’indifférence ; pour s’offrir à notre enchantement. Et il arrive que, de chercher à mettre en cage le corps qui est leur écrin, ils s’évaporent ou se cachent, bref, il arrive qu’ils disparaissent.

Ce sont des êtres fondateurs de relations nouvelles avec eux, bien sur, mais aussi avec les autres, et avec soi.

Une fille qui vous aime, un enfant qui est le sien, un père qui vous pardonne, une mère qui vous protège, un ami qui vous appelle ou vous soutient, des frères et sœurs de famille, de travail, de galère, d’équipe, de sensibilité, de solitude…, des partenaires de convivialité, des stéréotypes atypiques -qui mettent à notre portée leur logique propre,leurs raisons que la notre ignorait- des êtres qui souffrent ou sont heureux, mais qui n’ont pas peur, des désespérés qui ont besoin de ce que vous pouvez leur apporter, des gens qui vous donnent ce dont vous avez besoin pour reprendre les rênes de votre vie, et parmi eux, des gens qui vous donnent en eux-mêmes, quelqu’un à qui donner, des maîtres de liberté, de sagesse, d’amour, de force, de courage, d’humilité, de bonté, des compagnons de la nature, l’étranger, l’indigène, Dieu…, ils nous enrichissent chaque jour quand on y prend garde, du seul fait d’exister sincèrement !

Il y a des êtres révélateurs, comme autant de messages du monde vivant, ou de son créateur, qui nous font nous trouver ou non, nous retrouver en eux, en nous rappelant les principes de vie en lesquels nous croyions avant que nous en soyons détournés par les évènements, en nous faisant découvrir des principes nouveaux desquels nous étions ignorants ; et nous font toucher du cœur la vocation de l’humain en tant qu’être d’amour.

Il y a des êtres beaux à s’évanouir pour leur laisser la place, ou pour laisser en nous la place à un être nouveau ; mais personne ne sait à l’avance qui évanouira qui, ni qui le fera renaître !

Personne ne sait pour qui, il peut être ou sera un de ces êtres !

 

 

Et nous créons des lieux sans surprises où s’entassent les rebuts présents ou futurs de nos civilisations ;

Et nous créons des peuples sans identités où se mêlent des êtres sans repères et sans lois ;

Et nous créons des moments sans magie, agglomérés d’émotions artificielles ;

Et nous créons des musiques sans harmonie, d’enchevêtrements cacophoniques qui rythment nos cadences ;

Et nous créons des êtres sans amour, où s’agglutinent des sentiments désordonnés qui s’exacerbent, tour à tour, comme dans un orchestre sans chef, un peuple sans culture, un site sans architecte, un films sans scénario.

Alors, s’il vous plait, préservons ce que nous n’avons pas créé.

Préservons ces lieux, ces peuples, ces aventures, ces musiques, ces êtres régénérants, comme autant de chances qu’ils sont pour le monde et ceux qui y vivent ; ne les sacrifions pas sur l’autel de l’empressement, de l’argent, de la paresse, de la peur, de la maîtrise, d’un ordre créé de main d’homme, conçu d’un esprit, déformé par l’orgueil de l’homme.

Laissons s’épanouir ce que ce monde à de merveilleux, en le respectant tel qu’il nous a créé. Retrouvons dans le présent, la maîtrise de nos actes, en reconnaissant que nous ne maîtrisons pas le monde, ni l’avenir ; de peur que d’avoir voulu le prévoir, l’avenir ne soit pas !