L'eau est transparente et sans saveur, discrète et modeste, mais c'est par elle que tout se révèle, la pesanteur comme le pastis !

Elle souligne tout principe, accompagne toute réalité, partage toute vie ! Elle est partout et en tout. En pleine humilité, elle ne donne la vie à personne mais sans elle pas de vie ; elle ne donne naissance à rien mais sans elle rien ne naît. Rien n'est par elle, mais rien sans elle !

Elle est la soumission même : Elle ne fait rien pour elle mais se met au service de tout.

Qui lui demandera : "D'où viens-tu ?

De tous les recoins du monde qu'elle a visité, chaque goutte d'eau garde les stigmates depuis sa dernière grande communion océane, de son élévation au vent et au soleil, sa traversée du ciel de bas en haut, de haut en bas, au gré des courants chauds ou froids, de long en large aux vents changeants, des concrétions nuageuses gentiment condensées pour fondre en pluie fine sur la Normandie, ou des tensions qui deviennent orageuses et éclatent en foudre pour mouiller les amants pacifiques.

Elle se souvient encore sa participation joyeuse et toujours renouvelée à l'histoire de la vie, quand elle gonfle l'adn pour qu'au souffle d'Adonaï, il s'anime et se révèle.

Comme un chien joue au milieu d'un groupe d'enfants, leur faisant la fête tour à tour, distribuant à chacun sa dose de joie et d'amour, tantôt tiré par la queue, par les pattes, par les oreilles, tantôt tenu par les babines, par les poils des flancs, tantôt repoussé... de même l'eau partage sa force de vie avec tout ce qui y aspire, chaque organisme la puisant pour ses besoins, puis la remettant à la disposition du monde.

 

 

Voyez cette goutte là ! Elle raconte qu'elle était dans la Marne, qu'elle y a baigné des ouvriers parisiens à l'époque des guinguettes, puis porté des péniches à travers les banlieues encore vertes et traversé la campagne jusqu'à la Manche."

 

 

Celle-là était pacifique et tranquille dans un coquillage des Marquises. Elle fut amenée par le grand Jacques, mouillant sa chemise de sueur à son dernier concert à 'Olympia ; elle s'est retrouvée dans la Seine après passage au pressing. Regarde comme elle file tout droit !

Et celle-là qui la rejoint si vite ! C'était un baiser de Barbara ! Vois comme elles s'enlacent avec joie, elles dansent un tango en slalomant entre les pierres !

 

 

Celle-ci, accrochée dans la mousse, a patienté des siècles qu'un coup de piolet la fasse dégringoler de l'Anapurna, de quelques centaines de mètres. Cela a suffi pour que l'été la libère de son inertie. Elle rafraîchit un moine dans une lamasserie, le quitta presqu'aussitôt, puis de ruisseau en torrent, se jeta dans le Gange. Elle passa à Bénarès pendant le pélerinage. Là, elle connut tout de la condition humaine, traversant comme une forêt de corps qui l'appelaient à la communion. Elle nettoya des intouchables comme des ascètes, un yogi de plus de 150 ans la prît dans ses cheveux, s'en frotta la tête, s'en imprègna et s'imprima en elle, puis la rendît au monde ; elle se chargea de maladies et de cendres, du sel des larmes et de la poussières des campagnes, de sang de fidèles bousculés dans la foule et de suc des fleurs tressées en offrandes... Puis quand le lit s'est élargi, elle passa entre les vrais troncs d'arbres et les cabanes d'un Bengladesh inondé.

 

 

Celle-ci était en l'homme et transporta un peu de lui, dans une exitation d'amour, de corps à corps, hors de lui. La voilà dans le corps de femme où elle a déposé la vie qu'elle verra grandir, se former en petit d'homme -Tiens, c'est une fille !- puis naître au monde.

 

Celle-ci mouillait l'encre jetée par un coeur en dérive, en désespoir de cause, pour ne pas sombrer ; elle voulait sauver une amitié en perdition, qui de s'être essayée à l'amour ne savait plus ce qu'elle était... Et c'était de larmes qu'elle mouillait ce mot :

Deux navires étaient alliés et se voulaient supporter dans les batailles.

La goélette s'était approchée, une passerelle avait été installée, invitant l'un et l'autre à s'investir. Mais après l'avoir construite avec elle, il restait au milieu, et lui avait refusé d'avancer.

Il ne savait pas expliquer sa retenue.

Comment l'aurait-elle comprise ?

Et malgré l'inconfort et le péril qu'il y avait à cela, et malgré l'envie qu'il en avait pourtant, il empêchait toute traversée bien que tenant au maintien du pont.

Trop d'espérances , mutuelles mais décalées, pesaient sur la passerelle qui risquait de rompre quand l'orage menaça. La goélette décrocha et mit les voiles.

Par la suite, chaque fois qu'il l'abordait, il ne savait de même, que s'y agripper à l'espoir illusoire qu'une magie opèrerait et restait ahuri, figé dans la crainte de ce qu'un geste où un mot rompe les fragiles cordages, jusqu'à retenir sa respiration, étouffant l'amour que son corps tout entier aurait voulu crier.

Elle fuyait la lourdeur de ce marin d'eau douce et ses assauts stériles, se tenait au large de ce navire qu'elle avait cru s'allier et dont elle ne comprend pas le langage plus qu'il n'entend le sien. Elle n'avait pas plaisir à le voir s'échouer seulement elle cherchait au large son salut.

Mais tous les mots sans réponses qui l'avaient précédé n'en faisaient plus guère qu'une bouteille à la mer. Et submergé d'émotion par l'enjeu, de se sentir si maladroit, le mot ne fut pas même envoyé et finit au papier ; il est tombé à l'eau et vous voyez, l'eau l'a recueilli et s'en souvient.

Et qui sait si, au gré d'une pluie fine, d'une douche apaisante ou d'un désaltérant, la goutte d'eau n'ira pas porter son message à sa destinataire ?

Qu'importe ce qui y était écrit, à l'entame ou la signature, ni quelles phrases y étaient en ambassade ; l'eau ne sait pas lire ! Mais elle comprit le phénomène par lequel elle fut expulsée des yeux du malheureux, et l'a traduit en image.

Et ce qu'il voulait dire... Nous le savons tous ! "Je t'aime !" sur tous les tons. "Tu me manques !" "J'ai besoin de toi !"...

 

 

Celle-ci se trouvait pomme et tomba à point nommé sur la tête de Newton pour lui apprendre la pesanteur, puis pomme à nouveau, elle inspira un musicien allemand une symphonie magistrale avant qu'il devint sourd, puis pomme encore, elle devint cidre à la table d'une famille de paysans manchois qu'elle n'a plus quittée.

 

 

Celle là semble perdue, ne savoir où aller.

Elle raconte s'être échappée d'un lac où se jette des égouts, tellement saturé d'hormones que les poissons en sont femelles et les hommes égayés.

Cette autre a nettoyé la terre de substances destructrices de la vie naturelle ; pourtant, des plantes posées là, non seulement y résistent mais pullulent faute de concurrence.

Et celle ci... Au coeur d'un melon, il aurait été normal qu'elle tienne ses nutriments jusqu'au parfait murissement, où le fruit, à bout de résistance, laisse ses éléments se fondre et s'assembler pour qu'éclatent les saveurs. Mais sitôt soustrait au soleil de midi, il fut mis en caisse et la température s'effondra au point qu'eau et pulpe se rétractèrent l'une de l'autre à presque se figer. Et quand enfin la température remonta, la pulpe contractée restait imperméable et le sucre avait disparu.

 

 

En voilà une autre qui s'étonne de ne plus voir dans les champs tant de créatures qui y foisonnaient : libellules et abeilles, cétoines, grenouilles et orvets, salamandres, campagnols et loutres... comme si la nature où ils s'ébattaient leur était devenue inhospitalière, comme si l'environnement tout entier s'était émancipé des lois qui le régissaient et en vue desquelles ils furent conçus.

Ce n'était plus la griffe du lynx qui déchirait le cuir du lièvre pour la rendre au monde mais, plus souvent, un pare-buffle qui, non content de refuser la priorité à la vie, cassait de sa matière sans âme, le fil invisible qui tenait unies dans une même existence toutes les cellules à vocation d'animer ce corps. Et d'attendre là, que dans un suprême mépris de si ternes camions l'aplatissent tant, que berlines arrogantes et citadines négligentes pourront faire disparaître aux yeux indifférents de leurs valets, jusqu'aux dernières traces des crimes ; le sens s'émousse de la sagesse qu'elle a côtoyée tout au long de son périple ?

Et, du renard abandonné par la vie, ce n'est plus la corneille qui s'en vient la chercher pour un nouvel envol. Des êtres dénaturés soulèvent à la pelle les restes inanimés de l'animal, pour le jeter au ventre d'une benne où les maîtres de ce monde croient cacher leurs hontes au milieu de plastiques fabriqués avec ce que le temps fît des matières organiques, jusqu'à de leurs ancêtres ?

De là, il est jeté au milieu d'immondices de toute sorte, et continue sa décomposition, libérant pour rien ses richesses.

 

 

Ce dont témoigne celle-ci est tellement moins grandiloquent. Et pourtant !

Quand elle se rendît des nuées sur la terre et plongea dans ses profondeurs, jusqu'au dernier moment, elle ne savait pas si un coup de soleil la renverrait dans les hauteurs, ou si des racines assoiffées, de mousse ou d'un vieux chêne, se la disputeraient pour véhiculer leur sève... Ce fût une amanite tue-mouche qui s'en gorgea et, prenant la mouche, s'en délesta avec son poison, pour condamner l'insecte. Et de là encore, elle ne savait pas si elle s'écoulerait d'un lent pourrissement, ou si la déssication la relèverait, ou encore si quelque charognard l'emmènerait dans un nouveau voyage : ce fut un campagnol qui s'en rendit malade à se laisser cueillir par la première couleuvre.

Puis un blaireau glouton surprit le reptile ! Et la voilà partie pour des années sauvageonnes

Et du mustélidé, elle se glorifia en allant porter l'être au sein de sa femelle, pour exploser en vie au dédale de son anatomie dans le labyrinthe du terrier familial, au pied du même gros chêne qui voulut la happer ?

Et c'est là qu'elle revint au jour, au milieu de la petite nichée qui vivait en noir et blanc et néanmoins dans la joie. Elle accompagna la croissance d'un des sept petits jusqu'à ce jour gris où il fallait traverser...

Qu'y avait-il de si important qu'il fallusse aller voir de l'autre coté de cette bande dure et découverte, où rien ne poussait et qui tremblait au passage effréné de bolides sans loi ? La mère était inquiète mais il fallait traverser.

Les vipères, là-bas, étaient-elles moins vivaces et plus propices à l'entraînement ?

Tous avaient consigne de courir à toutes jambes dès qu'elle fuserait.

Le traffic paraissait tari et la lourde fourrure jaillit du bas coté, suivie dans le centième de seconde par les blaireautins. Mais le bruit redouté se fit à nouveau entendre et l'un des frères ne put s'empêcher de tourner la tête ; aveuglé et pris de frayeur, désorienté, la voiture le percuta.

Des saccades restaient audibles. De l'autre coté du talus qui bordait, la crainte avait envahi la famille. La jeune blairelle grimpa voir, des petits la suivirent. Leur frère était étendu, tremblant encore, les yeux ouverts, le museau pointé vers eux.

Le véhicule s'était arrêté ; un homme en était descendu vociférant. Il regardait l'avant de l'engin. Il parcourut les cent cinquante mètres qui le séparaient de l'animal gisant. "Ca y est ! Il va le dévorer !" Tous s'abandonnaient au règles de sélection naturelle.

Mais ce fut la stupéfaction lorsque, après avoir donné un coup de pied rageur au petit, l'homme retourna à sa machine et partit.

Quelle était donc cette bête qui agissait ainsi sans qu'un principe de vie la conduise ?

Encore dans cette angoisse, ils virent un autre véhicule s'approcher et ralentir, éviter le corps délaissé, puis s'arrêter et reculer à sa hauteur. Un homme semblable en sortît, regarda un instant l'animal, puis l'empoigna et le remit sur l'herbe contre la haie. Plus humain que sa machine, celui-là lui avait claqué la portière pour venir témoigner sa compassion et remettre à la terre l'envelloppe meurtrie pour qu'elle réintègre le cycle de vie. Il repartit.

Ils ne comprirent pas plus l'un que l'autre de ces comportements.

Après être allés lécher le corps dans la nuit, la famille alla son chemin.

La goutte d'eau a partagé la vie d'un des frères survivants. Il connut des combats acharnés pour un terrier, pour manger, pour se défendre, il vit tomber, fauchés en pleine course au feu des batons tonnants, des sangliers furieux, elle il vit même la martre, piègée dans un poulailler, plantée d'une fourche, déchirée par les chiens, qu'elle blessait encore griffant et mordant, jusqu'à ce qu'un paysan l'achève ; elle ne vît rien de pire que ce coup de pied donné pour rien au frère agonisant.

Et s'il pouvait comprendre, s'il en était dix comme le second, que l'espèce soit préservée, il s'inquiétait pour la vie même qu'elle laissa grouiller à ce point cette espèce monstrueuse qui portait gratuitement outrage à l'être...

 

 

Cette autre, sans se griser, a connu la puissance, quand insinuée dans la pierre, elle se gonflait au gel jusqu'à la briser ; quand envoyée par une terre en mouvement, elle prenait d'assaut les côtes, emportant tout sur son passage pour le déposer ou l'engloutir, à son gré ; quand elle creuse les sillons qui se font torrents ; quand elle brise en ses glaces les navires imprudents ; quand elle couvre la terre d'un égal habit blanc ; quand elle dévale tout droit les montagnes au printemps ; quand elle porte ou chavire les plus lourdes flotilles...

 

Et cette grosse là ! Elles sont plusieurs. Elles ne se quittent plus depuis Verdun ; 1916 : l'une était au front d'un tireur, en sueur, cette autre dans le sang qu'il fit couler sur l'herbe gelée blanc, dégivrant cette troisième qui en devînt rosée ; celle-ci sortît de la gourde percée de la même balle, celle-là tomba parmi la pluie qui les réunit toutes en ruisseau dans la même tranchée où déjà se côtoyaient bourreaux, agonisants et compatissants, lâches, fiers et humbles, battant indifférement bons et mauvais, forts et malades, téméraires et appeurés, preux et couards, vaincus du jour et du lendemain... impuissante pourtant, à nettoyer tant de souillures.

L'eau d'ici connaît tout sur l'au-delà.

 

 

Celle-ci se laissait ballotter par le mouvement immuable d'une marée nocturne quand survinrent, de plus en plus présentes, des ondes saccadées qui annonçaient un cataclysme. Les poissons fuyaient, crustacés et coquillages se terraient, mais elle, tenait sa place. sous la pleine lune de juin.

Puis l'aube se leva et les canons tonnèrent, les projectiles fusèrent, venant de la terre normande, la firent s''élever en gerbe à l'honneur de ceux qui allaient mourir, au dessus des embarcations qui couvraient la mer et qui les contenaient. Cinq fois, dix fois elle s'éleva pour retomber d'abord à la mer, puis sur des carcasses fumantes ou sur des êtres en sang par quoi tout rougissait de honte à telle barbarie.

La flotte vomît une nuée d'humains empesé d'accessoires qui se ruaient vers la plage.

De mémoire de goutte d'eau, jamais elle n'avait vu pareille chose. La course éperdue à la vie des tortues juste écloses, fonçant droit à la mer sous la menace des oiseaux carnassiers, n'était pas plus terrible. Ceux-là espéraient le rivage sous un semblable hasard meurtrier qui happait autour d'eux tant des leurs. Mais d'un même sacrifice, ils portaient sur leurs dos les instruments.

C'est de ce sang versé qu'elle appris ce qu'était un homme dans le pire et le meilleur, capable d'autant de volonté au service de la haine pour aller détruire son frère ennemi, et en même temps, de plus encore au service du partage, jusqu'à donner sa vie pour une cause qui le dépasse.

Et de ce sang versé, maintes fois effacé des revers de la Manche, autant de fois ramené par les marées montantes, des peuples sont devenus frères dans l’honneur et la victoire contre la tyrannie. Américains, canadiens, britanniques, polonais, danois, norvégiens, grecs, français bien sur, et par extension tous ceux qui refusent de renoncer à la liberté pour une illusion de sécurité, furent tous liés par ce sang.

De ce sang versé en offrande dont elle s'imprégnait, de cette eau devenue inutile à l'homme qu'elle faisait vivre, et qui se remettait, là où elle s'écoulait, au service de la vie, l'eau sut qu'une même communion pouvait exister chez les humains.

La communion d'esprit par quoi cette marée humaine de pleine lune montait des plages de Normandie pour ne s’arrêter qu’en Allemagne, en Autriche, en Hollande et qui rassemblait sur tous les continents, tout ce qui voulait balayer la haine et l’ignominie des cœurs du monde, pour qu’il soit libre. Et ces plages ne gardèrent plus de ce sang rouge que le souvenir d'un jour flamboyant, et l’honneur de l'avoir recueilli pour que le mal sache que jamais la victoire ne sera sienne.

Elle apprit que pour eux existait un autre baptème, comme elle animait toute vie, l'esprit anime tout homme.

 

 

Celle-ci est en quète du prochain Dalaï-Lama !!!

C'est par elle, depuis des siècles, que tous ils furent conçus. Il faut en visiter des hommes, pour en trouver un, digne de cette tâche. Et là il faut encore attendre qu'il trouve la femme qui recevra le saint enfant, mais surtout, il faut le détourner de toutes les autres qui l'attirent et allument ses sens de mâle.

De là, tout devient simple ! Quand même il faudrait dans son entier, leur apprendre le Kama-suthra ; s'enseigne aisément ce qui s'apprend dans la joie, et leurs corps eux-mêmes les y ont préparés. Et la communion des sens et des corps qui la fera passer de l'un à l'autre pour s'y nicher, si elle en est l'accomplissement et le couronnement, n'est certes pas le plus fastidieux de son labeur.

Il n'est pas plus compliqué de marquer le nouvel être de sa capacité à accueillir la sagesse du monde, pour qu'il soit reconnu de ceux qui le cherchent. C'est à ceux qui ne cherchent pas qu'il est dur de faire trouver, et la sagesse du monde, c'est elle qui l'envoie, et d'avoir tant voyagé, d'avoir tant cotoyé les esprits les plus éclairés, elle en est imprégnée, plus encore qu'aux premiers jours de sa vocation.

 

 

Celle-ci, regardez comme elle est vive ! Elle sortît des roches du désert pour rafraichir des voyageurs assoiffés, puis après quelques siècles, un berger s'en gorgea dont elle fît un roi, quelques siècles encore et la voilà servie pour du vin, à la table d'un mariage, encore quelques années et elle s'écoule du coté transpercé d'un supplicié puis s'élève aux cieux... Depuis elle ne cesse tour à tour, d'arroser les vignes et, par le sang de la treille de réjouir les vivants de son message d'espoir et d'amour, de revenir à la terre dans un cycle sans fin.

 

 

Celle-ci raconte qu'elle était là à la Génèse de la vie, quand la matière fut fécondée par l'esprit, quand la première cellule se scinda pour créer une autre cellule à son image. Puis à nouveau quand d'une telle scission, sortît un être différent et complémentaire, et qu'ils soient faits mâle et femelle.

Ainsi, l'unité originelle du vivant ne pourrait plus se retrouver que par leur communion. L'annonce du grand pari : une même identité ne suffirait plus à concevoir un monde uni, mais la symbiose saurait unifier les êtres différents.