Quand on aime la sincérité, alors, on aime à être l’étranger parce qu’alors, les gens pensent n’avoir pas besoin de vous, puisqu’ils s’en sont passé jusqu’ici, et ils se dévoilent tels qu’ils sont, ouverts ou fermés, grands seigneurs ou petits mesquins, tolérants ou non, craintifs, agressifs ou non, respectueux ou non, jaloux ou compatissants… Les autochtones se montrent à l’étranger sans détours, avec l’arrogance de ceux qui ont derrière des amis, des parents, un monde solide que l’on ne pourra pas troubler. Et forts de cette assurance, ils vont vous aider ou vous détruire selon ce qu’ils sont.

 

Quand on veut changer le monde, on aime à être l’étranger parce que dans un environnement nouveau, on va trouver de nouvelles personnes à qui parler, avec qui échanger des points de vue. Les leurs se sont forgés dans cet univers particulier où ils évoluent et ils vont vous apporter leur expérience différente ; vous allez leur apporter la votre.

Et s’ils sont fermés, vous allez bousculer leur petit monde, changer les données établies, et peut-être ouvrir leurs yeux et leur cœur sur une autre manière de voir la vie.

 

Quand on n’arrive pas à affirmer sa propre valeur devant les autres, on aime à être l’étranger parce qu’on va pouvoir repartir à zéro dans un univers nouveau où l’on va se choisir un entourage qui nous jugera suivant ce qu’on lui montrera et non plus suivant les erreurs passées.

 

Quand on veut se changer soi-même, on aime à être l’étranger parce qu’on va devoir se reconstruire un cercle de connaissances, et pour cela on va devoir montrer le meilleur de soi-même et l’on sera encouragé par le regard sur soi qu’on nous renverra, qui sera un regard sur ce que l’on peut-être de mieux, là où notre environnement de départ préjugeait de notre présent, et de notre avenir, à partir d’un passé pas toujours glorieux.

 

Quand on veut comprendre le monde, on aime à être l’étranger car on ne se fera plus une idée de la société seulement à partir d’un microcosme mais on va découvrir d’autres manières d’être, de penser, de donner un sens à la vie. Et après avoir fait ces découvertes, on pourra même parfois revenir sur le jugement qu’on avait de notre univers originel, l’enrichir de faits nouveaux.

En découvrant un univers nouveau, on va découvrir des personnes différentes. En comprenant ces personnes différentes,on découvrira que si les valeurs sont différentes, si la mentalité est différente, si les règles sont différentes, les mécanismes de cette société différente sont semblables à ceux de la société qu’on a quittée. Alors, on aura compris comment pensent les hommes.

 

Quand on veut être libre, on aime à être l’étranger parce que l’on va se créer un nouvel environnement duquel on pourra se réclamer, dans lequel on va se créer des attaches, et si l’on sait ne pas juger, et si l’on sait ne pas condamner, cet univers ne va pas remplacer celui d’avant, il va s’y ajouter. On ne sera pas alors un déraciné qui ne saura plus d’où il vient, ni un enraciné qui ne peut aller nulle part, mais un arbre aux racines si longues et solides que son pied connaîtra la terre de partout et aux branches si longues qu’elles caresseront les étoiles.

 

 

Mais si tu pars pour un endroit en te disant que ce sont les indigènes les étrangers, accroché que tu es à la norme qui est la tienne…

 

Où si tu fuis en espérant trouver ailleurs sans rien changer en toi la compréhension qu’on te refusait là d’où tu viens…

 

Si tu fuis en pensant que ton problème est dans les gens qui t’entourent et que changer d’entourage suffira à les résoudre…

 

Où si tu pars fier de ce que tu es pour enseigner aux gens que tu trouveras sans être prêt à apprendre d’eux…

 

Où encore si tu voyages en prenant les richesses que tu vas trouver comme ton dû et non pas comme des chances…

 

Alors, tu seras déraciné !

 

 

Quand on aime à être l’étranger alors on aime l’étranger. On ne le prend pas comme un homme sans terre, sans richesses, sans histoire. On sait qu’il peut ne pas être un ennemi. On sait qu’il peut être une chance de connaître un peu du monde sans bouger de chez soi.

 

On sait qu’il peut être fort malgré qu’il soit seul, et d’autant plus fort qu’il ne compte pas sur autrui pour trouver sa force, elle est en lui.

 

On sait qu’il a dans la tête toutes les parties du monde qu’il a vues, et que ses yeux percent l’horizon jusqu’aux parties du monde qu’il ne connaît pas.

 

On sait qu’il aime même ceux qu’il ne connaît pas et qu’il n’y a que ceux qu’il connaît qu’il peut détester.

 

On sait qu’il n’est pas un atome, partie d’un corps sur lequel il influe par sa manière d’être, il est un électron libre, tout petit mais lui-même corps indépendant dont la manière d’être peut influer sur le monde entier, jusqu’à modifier la trajectoire de la société entière quand il la voit foncer, telle une locomotive emballée en dehors de ses rails.

 

 

Etre libre, c’est savoir être l’étranger, et l’accepter, sans oublier d’où l’on vient, et en gardant à l’esprit où l’on voudrait aller, et avec qui l’on aimerait y aller.