Beaucoudray
17 mai : 5 heures moins le quart de l'après-midi.
Il est tard mais il était important de ne pas se presser. L'au revoir s'est fait dans le calme et la quiétude. C'était important pour tout le monde.
Maintenant, il faut marcher.
https://www.youtube.com/watch?v=D7lsJO3WOkA
L'idée de coucher dehors à 10 km de Beaucoudray me parait ridicule, alors le minimum que je me suis donné est Champrépus. J'ai prévu deux jours pour arriver au Mont Saint Michel. C'est à peu près tout ce que j'ai prévu. On verra. C'est pas la peine de partir pour ce genre d'endroit si on n'a pas un minimum de foi.
Je commence par passer à travers bois au mont Robin. Ca avance bien mais je vois vite que ce n'est pas une chose à faire : ça ne fait pas une marche naturelle et j'ai déjà les pieds qui chauffent. Je pense que ça ne peut que favoriser les ampoules. Pour autant, j'aime bien. Je me sens déja libre et sur un chemin inconnu. Je suis à Percy, entre le cimetiére et la route de Saint-Lô. Je pense à Christophe, à Alain, mais je ne vais pas commencer à faire les cimetières. Je suis parti pour la vie, pas pour la mort. Je salue de loin.
J'essaie de passer par une entreprise pour rejoindre la route de Saint-Lô mais le patron fais la gueule ; je fais demi tour : la liberté s'arrête où commence celle des autres. Je n'insiste pas et frappe mes chaussures sur le sol pour lui laisser sa poussière. Je longe une cité et c'est plutôt un raccourci.
Je quitte le bourg vers Montaigu les Bois.
Je prends des photos avec cet appareil acheté hier avec de l'argent reçu le midi.
La marche devient paisible mais le rythme soutenu. Puis un premier panneau m'annonce que j'ai laissé Percy à 4,5km. Bien ! Les routes s'enchevêtrent et bifurquent en tout sens mais les directions ne sont pas indiquées.
Après ce qui m'a paru 5 km un nouveau panneau Percy 5. Et "5km" après Percy 5,5.
Mais alors, je tourne autour, ou quoi ! Ca m'énerve un peu !
J'ai croisé Montaigu les bois. Enfin une indication : Le Mesnil Garnier 0,7. C'est sympa mais j'aurais préféré le savoir avant d'être arrivé. Je me dis que je ne suis pas rendu. Avec une carte détaillée, ce serait plus facile mais sur tout le trajet, il me faudrait un sac rien que pour les porter. Je ne regrette pas. Tant qu'à se perdre la première fois, c'est bien ici que j'ai le plus de références pour me retrouver. Et si je ne sais pas le faire ici, il vaut mieux que je n'aille pas plus loin.
Le soleil décline de plus en plus. Je n'ai pas arrêté de marcher. Le portable est coupé comme il se doit. J'ai croisé la liberté à Montabot, la solitude en essayant de m'éloigner de Percy sans y parvenir, comme s'il voulait me retenir, comme une frontière, comme un cordon ombilical à couper avec la terre-mère...
Il doit être maintenant vraiment tard, On y voit de moins en moins. C'est bon d'être parti pendant la pleine lune ; non seulement la Baie se traversera mieux, mais j'ai de la lumière longtemps.
Champrépus 0,5. C'est la première fois que c'est indiqué. C'est n'importe quoi mais je n'ai pas à me plaindre, me voilà là où je voulais. Je pense que le chemin sera tout comme ça, demandant de la foi, de la persévérance, et donnant finalement tout ce qu'on en attend.
Je m'arrête devant le calvaire. J'allume le portable : 11h05. Les rapports avec Dieu sont toujours taquins mais merveilleux. Je trouve un endroit pour dormir : tranquille, discret, plat, dégagé... On va essayer le sac de couchage, j'espère qu'il va supporter l'humidité. Il ne va pas pleuvoir cette nuit mais il y aura de la rosée.
A Dieu va !
http://www.cartesfrance.fr/itineraire/ (Beaucoudray-Montaigu les Bois-Champrépus)